13h21 – Cinquième nuit en cette première étape, le jour se lève… La cadence est intense, autour des 20 nœuds constants, quelques enfournements, mais Il Mostro est sain. Pourtant, les efforts sont impressionnants et le matériel est mis à rude épreuve. Sur le pont, on n’est jamais totalement serein, on pense en permanence à ce qui pourrait casser… Pour nous aussi, cette cadence commence à peser. Salty et moi partageons le quart ; depuis trois jours, nous changeons de bord environ toutes les six heures, soit précisément durant notre quart de repos. Changer de bord implique de déplacer une tonne et demie de voiles sur le pont et une autre tonne et demie de sacs à l’intérieur du bateau. Le quart sur le pont s’occupe des voiles, tandis que nous devons nous extraire des bannettes et nous attaquer à la rude tache du transbordement des sacs. Evidemment, tout cela se fait dans un espace restreint (à quatre pattes), par sac de 30 à 50 kilos et en un temps record puisque nous sommes ensuite attendus sur le pont pour tourner les manivelles !


Mousse glacée, embruns blancs, torrent neigeux… L’eau s’invite souvent à bord d’un VO 70 !
© Rick Deppe / Puma / VOR.

Le réveil est donc brutal et douloureux et le sauna garanti. Nous ne sommes donc pas très frais, mais heureux de mener Il Mostro en tête de la flotte.

Pendant cette phase de transbordement, notre ami Ricky Deppe, le «media man», nous regarde après avoir déplacé les quelques gobelets et autres cuillères de la cuisine. Il n’y est pour rien, mais la situation est tout de même un peu grotesque. Selon le règlement de la course, il n’est là que pour la communication – photos, vidéos – et quelques analyses de l’eau pour un programme scientifique. Il n’a pas le droit de nous aider, tandis que nous suons et nous échinons avec nos sacs. Même en le sachant, je ne cache pas que j’ai pourtant parfois envie de lui voler dans les plumes pour qu’il décroise ses bras et participe à notre peine ! Mais c’est le règlement…

Voilà, m’sieurs-dames, ce n’est pas toujours la fête, ici, mais ça ne nous empêche pas d’apprécier ces nuits limpides, sans un nuage, irradiées par une pleine lune souriante.