19h17 – Cinquième nuit sur Il Mostro dans cette première étape de la Volvo Ocean Race.

J’étais un poisson volant… un poisson planant. Passant d’un monde à l’autre. Dans mon monde, tout est calme, seuls quelques prédateurs créent la panique dans nos rangs, mais nous leur échappons d’un coup de nageoires, d’un coup d’aile. Et hop !

Dans mon monde, tout n’est pas bleu pour autant, sacs plastiques, conteneurs et autres nappes de pétrole nous rappellent le monde «de l’haut-dessus» !

Pourtant, ce monde m’amuse – ses lumières, le vol, cette liberté différente de voler.

Certains de mes cousins partagent deux mondes aussi, mais pas celui des airs, celui de la terre. Ils se plaisent dans la vase à regarder les habitants de la terre remonter les courants sur leurs pirogues, ou les oiseaux cherchant leurs proies.

Je parle, je parle, mais je n’ai qu’une seule envie, celle de voler. J’y vais, je m’élance, coup de rein et je m’arrache à l’eau. Je vole à toute allure, pas le temps de flâner, j’y vais à fond. Puis je retombe en un grand «splash», juste le temps de m’hydrater puis d’y retourner. Un coup de rein, encore, plus fort et je reprends mon envol…

Des lumières, rouges, vertes, m’attirent. Cap sur cet engin bizarre… Mais quel est-il ? Il Mostro !

Atterrissage violent dans la barbe grisonnante d’un vieux Kiwi – Rob Salthouse –, puis rebond non contrôlé sur l’un des énormes winches. La messe est dite, mes secondes sont comptées…

Une énorme main s’approche de moi. Je m’apprête à passer ma dernière seconde de vie, broyé par un jeune Allemand sans scrupule… quand Michi Muller saisit ma jambe : «Sid’, 20 minutes avant ton quart, réveille-toi !»