28° Sud, 67° Est. Telle est la position d’Il Mostro à l’heure où je vous écris ce message lors de notre remontée vers Cochin, Inde, dans cette deuxième étape de la Volvo Océan Race. Sur le pont, avant de descendre à la table à cartes pour reprendre ce blog, quelque peu délaissé, je me demandais ce que je pourrais bien raconter à vous, lecteurs et internautes de Voiles & Voiliers.

Je me suis dit que quelques «morceaux choisis» parmi ces deux premières étapes pourraient vous donner une bonne idée de ce que nous vivons sur nos engins de course…

Depuis quelques heures, nous observons les nuages pour réagir aux surventes que ceux-ci engendrent. Le vent oscille entre 25 et 35 nœuds et nous passons d’un ris à grand-voile haute en fonction des pressions. Devant, nous portons notre petit gennaker. Comme le vent, Il Mostro file entre 25 et 35 nœuds, assez vite donc… Mais la situation est sous contrôle même si elle est également éprouvante pour l’équipage soumis aux assauts de l’eau sur le pont. En une minute à peine deux nuages se rejoignent et forment alors une barre dans notre travers arrière. «Salty» (Rob Salthouse) s’exclame alors : «Quelque chose arrive !» Je me retourne et aperçois l’eau arrachée de la surface de l’eau. Nous n’avons que quelques secondes pour rouler le gennaker. La grand-voile est toujours haute. Lors du roulé de la voile d’avant, l’électronique nous indique jusqu’a 48 nœuds. A la barre, «Battler», qui vient de nous rejoindre pour cette étape, n’en mène pas large, mais garde le bateau à plat et sur ses rails. De nuit, cette brutale survente aurait pu nous coûter une voile – ou le mât…


Des heures et des jours et des semaines et des mois. Tenir, courir… © Rick Deppe / Puma / VOR.

Toujours dans cette deuxième étape…
Nous montons sur le pont pour relever Chris Nicholson et Justin Ferris. La nuit est noire, pas de lune et Puma fonce aux alentours de 25-30 nœuds. Sorti de mon duvet vingt minutes auparavant, je dois me réveiller rapidement, car il n’y a pas de sas de transition. Justin fonce à 120 degrés du vent et ne semble pas décidé à lever le pied pour me transmettre la barre. «OK, me dis-je, il faut s’y mettre». Le niveau d’adrénaline est assez élevé, je ne peux pas le cacher. Une fois à la barre, il n’est pas question de lever le pied non plus, il faut conserver la cadence ou même remettre du charbon. Quelques enfournements annoncent la suite mais, de toute façon, je ne distingue pas les vagues et il n’y a pas toujours de porte de sortie en fin de surf…

Lancé à près de 30 nœuds, Il Mostro accélère encore sur cette pente de plus en plus aiguë. Cette fois, c’est sûr, l’issue ne sera pas bonne ! En bas de la pente, le bateau s’enfonce de toute son énergie dans ce mur d’eau. La masse et la force de cette dernière sont considérables… La vague avale littéralement le bateau pour ne le recracher que quelques secondes plus tard. Pendant ce temps infini, mes pieds sont arrachés par le torrent liquide et je flotte avec autant d’eau en dessous et au-dessus de moi. Heureusement, ayant senti le coup venir, je me cramponne d’une main à la barre et de l’autre à l’arceau de sécurité autour du poste de barre. La déferlante passée, je me remets sur pieds, Il Mostro est resté sur ses rails… Ouf !

A l’intérieur, le coup de frein a engendré quelques glissades non contrôlées, plusieurs équipiers se sont retrouvés dans la bannette suivante, c’est pour cela que l’on dort toujours avec les pieds vers l’avant  – pour ne pas se casser le cou !

Mais la Volvo, ce n’est pas que ce genre de moments. C’est aussi, en approche de Cape Town, ce groupe de baleines surfant la houle… Un mélange de puissance et de poésie ressort de cette scène au petit matin. Pour cela, oui nous vivons des moments privilégiés !

Voilà, je n’oublie pas que nous sommes en course et trois bateaux nous précédent sur la route de l’Inde. Les moments de repos font partie d’un travail bien fait, alors je vous salue bien et vous dis à bientôt.

Bon vent vers vous.