0,4° Sud, 77° Est. La vie est dure. C’est ce que l’on se dit sur Il Mostro au cœur de la bataille en fond de peloton, luttant dans des petits airs ne dépassant pas les 7 nœuds. Il y a eu les calmes du pot au noir. Il y la pétole qui enserre l’Inde dans ses filets – et nous avec. Notre quille est sous le vent la plupart du temps, histoire de créer un peu de gîte et diminuer la surface mouillée. Dur, dur, quand on se voyait déjà remontant les deux Ericsson, à vue avec E3 avant cette fameuse nuit et ce fameux nuage… Enorme masse planant au-dessus de notre tête, pluie à gogo, et risée dans tous les sens – mais jamais le bon ! Depuis ce fameux nuage «spécial Puma», nous traînons derrière les Dragons et Delta Lloyd, mon ancien bateau (ABN-Amro 1), d’espoirs en déceptions. Nous apercevons le moment où nous remontons sur eux, nous les voyons grossir, puis… un trou d’air nous remet à notre place. Ce n’est pas par manque de travail, car le boulot est fait, et bien fait, mais il faut parfois de la réussite dans notre sport et nous en avons cruellement manqué, contrairement à E4 qui éclate de sa vitesse, d’une bonne navigation et de cette fameuse réussite. C’est sûrement cette fameuse spirale positive–  ou négative…
Quoi qu’il en soit, je me bagarre avec moi-même pour ne pas sombrer dans le défaitisme et poursuivre le boulot au mieux. Y parvenir est un accomplissement – «achievment», comme disent mes collègues anglo-saxons. La troisième place est à portée de fusil – ce serait moindre mal.

Un ami de circonstance quand on a la désagréable impression de s’être fait… pigeonner par les calmes. © Rick Deppe / Puma / VOR.

L’Inde aussi semble être – hélas – à portée de fusil. Nous ne recevons que très peu de nouvelles de l’extérieur, mais il ne s’agit que de tristes nouvelles, notamment pour l’Inde et Bombay. Le monde est malade… Quelque part, isolés de cette folie, nous vivons une «aventure inutile» dans notre propre monde, tout rond, tout eau. Mais c’est peut-être dans ces mauvaises périodes que ces aventures insolites comme la Volvo Ocean Race ou le Vendée Globe deviennent les plus utiles, en apportant un brin d’évasion à qui veut s’y intéresser.

Ruisselant de sueur, il est temps que je vous laisse pour ma bannette.
Cet océan Indien n’a pas fini de nous en faire voir, il faut rester vaillant.