Nuit. Nous sommes en approche du premier waypoint de course à contourner, au contact avec Telephonica Black – quelques longueurs seulement. Tension, manœuvres au cordeau.

Arrivant au vent arrière, nous enchaînons les empannages vers cette marque virtuelle. Notre skipper, Ken Read, depuis la table à cartes, guide grâce à un petit haut-parleur extérieur le barreur, Rob Greenwalsh, afin d’être certain de la laisser du bon côté avec suffisamment de marge pour qu’aucun concurrent ou comité de course vienne réclamer contre nous.

Tele Black, en approche tribord amures, nous fait alors l’intérieur, avec seulement deux petites longueurs d’avance ! Mais, sans doute poussés par la pression que nous représentons, nos concurrents espagnols ne peuvent s’empêcher – un peu tôt ?– de tourner la barre et d’amorcer leur virage… Pendant ce temps, Ken, notre skipper, s’égosille dans le haut-parleur : «Gybe, we have to turn now !» («Empannez, il faut que nous tournions maintenant !»). D’après lui, nous ne faisons pas la bouée, et une manœuvre supplémentaire est nécessaire…

Tandis que les Espagnol terminent leur virage et prennent leur nouveau cap vers le large, nous voici contraints d’empanner de nouveau, afin de garder plus de sécurité par rapport à ce point fictif, mais obligatoire, laissant ainsi nos adversaires prendre le large…

Nous passons finalement ce waypoint avec une cinquantaine de mètres de marge de plus que Telefonica Black. Dommage, nous perdons ainsi l’occasion de leur passer devant…

Mais, quelques minutes plus tard, nous voyons les Espagnols soudain rouler leur gennaker et faire demi-tour, sous trinquette et grand-voile, pour venir repasser cette bouée imaginaire, qu’ils estiment maintenant avoir laissé du mauvais côté !

Et, une douzaine d’heure plus tard, alors même que je vous écris, nos petits camarades sont une dizaine de milles derrière nous !

Voila, juste une petite anecdote de course, à quelques dizaine de milles sous le vent du Sri Lanka…