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Monthly Archives: janvier 2009

Le chaud et le froid !

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Il fait froid, très froid – un brise-glace a dû dégager le port de Quingdao aujourd’hui !–, mais ça chauffe sur l’eau !

Encore une belle bagarre entre Il Mostro et ce sacré Ericsson 4. A travers un gigantesque champ de mines, ou, plutôt de filets, nous nous livrons à une bataille de vitesse. C’est à celui qui trouvera le meilleur compromis cap/vitesse. Avant la tombée de la nuit, nous fondons sur E4 ; ou coup, les équipiers de Torben Grael décident de se mettre face au vent et de rouler leur gennaker, afin de se libérer d’un probable «frein» pris dans la quille. Ils nous laissent ainsi la voie libre ! Bonheur : à peine 48 heures plus tôt, Ericsson 4 possédait 120 milles d’avance sur nous !
 


Rudes conditions, mais superbe bagarre contre Ericsson 4. Devant l’étrave, Qingdao. Hier, le port chinois était bloqué par la glace. Ça promet une chaude arrivée !
© Rick Deppe/Puma Ocean Racing/VOR

Mais la bataille ne fait que commencer : une heure plus tard, E4 nous rend la monnaie de notre pièce en nous passant au vent. Un changement de voile plus tard, nous les attaquons au vent à notre tour et un écart latéral se crée. Quatre heures plus tard, quand je reviens sur le pont, nos amis sont trois milles derrière…

Je dois avouer que cette course me fait passer par tous les états. Ren que pendant cette étape, j’ai pensé arrêter la course, et la voile aussi. Sport à la c… !

Et puis… Et puis nous avons longé cette île japonaise, et quatre garde-côtes se sont relayés afin de voir de plus près ce drôle d’engin rouge, bravant la tempête et passer près de leur île. Et puis, plus tard dans la journée, quand nous sommes passés au vent de la première île chinoise, au large de Shangaï, avons vu ces bateaux de pêche chinois portant fièrement un ou deux drapeaux rouges étoilés. Et je me suis dit que cette course à la noix nous faisait tout de même vivre des aventures incroyables et que je ne manquerai pas d’histoires à raconter à mes petits enfants…

Qingdao est à 140 milles devant l’étrave d’Il Mostro, 20 milles à gagner sur Telefonica Blue tout en conservant nos quatre petits milles d’avance sur E4. Tout reste à faire avant de faire péter le bouchon et jaillir la mousse pour le Nouvel An chinois !

Rude tempête !

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Après quelques jours sans nouvelles – et pour cause…
Nous sommes aujourd’hui à l’Est de Taïwan après avoir traversé le désormais célèbre détroit de Lusan, entre la pointe Nord des Philippines et la pointe Sud de Taïwan. Quelle aventure !


Mieux qu’un long discours, les traces des sept bateaux alors encore en course le long des côtes philippines, dont le demi-tour de Telefonica Black avant son abandon.

En tête à l’entrée du Détroit, nous avons tenté notre chance, sachant que le demi-tour pouvait être une possibilité. Ce que nous ne savions pas, c’est que nous aurions à le faire suite à la rupture de la bôme. Nous naviguions sous trois ris et tourmentin, face à des vagues très grosses, levées par un fort courant contre le vent. Deux ou trois heures seulement après nous être engagés dans le Détroit, nous devions faire demi-tour tandis que le vent soufflait déjà à 40 nœuds. Seul Telefonica Blue est parvenu à traverser, le reste de la flotte a fait demi-tour pour trouver un abri sous le vent des Philippines, suite à des casses – ou au choix judicieux de marins avisés.


Une image inhabituelle : un Volvo 70 au mouillage en pleine étape. A bord de Puma, nous imaginons un système de palans pour remplacer notre bôme cassée. Et, pendant ce temps, Telefonica Black, Green Dragon et Delta Lloyd ont aussi mouillé sous le vent de l’île…
© Rick Deppe, Puma, Volvo Ocean Race
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Au mouillage, nous avons pris le temps de ranger le bateau et avant d’imaginer un système de palans afin de pouvoir naviguer sans bôme. Après un bon repos d’une nuit entière, nous sommes repartis derrière les deux Ericsson qui avaient eux aussi repris la route un peu plus tôt.

Malgré notre arrêt, les conditions de mer étaient encore incroyablement difficiles, obligeant de ralentir Puma avec la quille sous le vent pour ne pas dépasser les 8 nœuds, mais la mer «casse-bateau» l’a emporté et suite à quelques sauts de vague, deux renforts longitudinaux ont fini par céder. Il a fallu une vingtaine d’heures à trois équipiers pour venir à bout des réparations.

A l’heure qu’il est – au milieu de la nuit –, nous sommes revenus devant E4 grâce à une rotation de vent permettant de naviguer au largue, tandis que les premiers étaient au près. La course n’est donc pas encore finie et, pour cette raison, il est temps que j’aille dormir avant qu’il ne soit déjà l’heure de remonter sur le pont !


Ericsson 3 (orange) faisant demi-tour vers Taïwan, après apparition de fêlures sur la liaison coque-quille, il ne reste que cinq concurrents en course jusqu’à Qingdao.

Petit conseil aux plaisanciers avant d’aller rejoindre Morphée : ne venez pas naviguer par ici, c’est l’un des endroits les plus difficiles à naviguer…

Les choses sérieuses commencent

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En approche de la pointe Nord des Philippines. Okay, maintenant les choses sérieuses commencent… La latitude de Manille est derrière nous, elle représentait le premier tiers de course.

Nous sommes satisfaits de cette première partie. Les gros bras sont derrière nous et Telefonica Black à notre portée. Mais l’important se situe dans les 48 heures à venir. Prévu depuis plus d’une semaine, le coup de vent annoncé est en approche… 200 milles séparent la pointe des Philippines de la pointe Sud de Taïwan. Le courant, portant face au vent, est plus fort que le Gulf Stream en Atlantique ; par conséquent, nous nous attendons à une mer casse-bateaux.

Nos amis de Green Dragon ont cassé hier leur câble d’étai. Il Mostro, comme le reste de la flotte, dispose du même matériel en carbone. L’essentiel est vraiment de passer à travers sans y laisser de plumes, voire une aile ! Nous compterons les valides à la sortie…

Sur Green Dragon, Ian Walker (photo) et son équipage étaient quatrièmes quand leur étai carbone a cassé. Heureusement, ils ont pu sauver le mât et brêler un étai provisoire.
© Guo Chuan/Green Dragon Racing Team/Volvo Ocean Race
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Si la question se posait avant le départ, la réponse est claire aujourd’hui : oui, ce nouveau parcours de la Volvo Ocean Race est plus éprouvant que le parcours classique.

J’attends le froid avec impatience : il sera le signe de notre approche de l’arrivée, mais aussi le retour des chaussettes, bottes et polaires ! Ma peau n’en peut vraiment plus de ce mélange de sueur et d’humidité. Vive le froid ! Bon, on en reparlera dans cinq jours quand l’eau sera à 5°C…

Je ne vais probablement pas pouvoir écrire dans les deux jours à venir, alors à bientôt – en bon état je l’espère…

Hauts-fonds, plate-forme et pirouette

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Déjà trois nuits de course à travers la mer de Chine et ses «dangerous grounds» (hauts-fonds mal répertoriés). Cette nuit, une énorme plate-forme pétrolière s’est trouvée sur notre route, comme un vaisseau futuriste. Elle illumine le ciel à plusieurs milles à la ronde. Ce pétrole fait la richesse du Sultanat d’Oman…

Cette nuit, nous avons aussi effectué une petite pirouette non contrôlée ! Sous un nuage, le vent est monté de 10 à 20 nœuds en quelques secondes et, lors de la manœuvre d’enroulement de notre génois de tête, le barreur s’est quelque peu emmêlé les pinceaux avec les boutons de contrôle de la quille – et le tout s’est terminé sur l’autre bord, nouveau génois battant dans les airs, grand-voile à contre dans les bastaques et petite séance de bout au vent pendant plusieurs minutes…

Dommage, nous étions bien positionnés dans l’axe d’Ericsson 4.

Depuis, les choses ont bien changé. Nous sommes toujours à vue avec trois bateaux, mais nous avons troqué un Ericsson pour un autre. E3 a bénéficié d’une direction de vent plus favorable qui lui a permis de croiser devant nous ce matin, pendant que son grand frère semblait perdre de la distance dans moins de vent.


Ah, le joli feu d’artifice d’options ! Dans les vents faibles, chacun cherche sa voie, pense l’avoir trouvée. On verra à l’arrivée qui avait raison… (1. Noir : Telefonica Black. 2. Rouge : Puma. 3. Bleu : Telefonica Blue. 4. Orange : Ericsson 3. 5. Gris foncé : Delta Lloyd. 6. Vert : Green Dragon. 7. Gris clair : Ericsson 4).

La course est très ouverte et les adversaires attaquent de toute part. Le slalom entre les hauts-fonds ajoute aussi son piquant. Pour une course de près, le suspense est tout de même assez élevé – tant mieux pour nous, car la route est longue.

Nous recevons à bord quelques nouvelles du monde, dont celles du Vendée Globe. Mich’Desj’ vient de sortir du poteau noir, chapeau ! Sa maîtrise est impressionnante, même si Bilou n’est que quelques pouillièmes derrière lui à l’échelle d’un tour du monde. Quelle que soit la place, finir une telle course est déjà une énorme performance…

Allez, nous aussi nous avons une course à finir. Je vous tiens au courant de la suite des événements !

Premières heures de course vers Qingdao

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24 heures de course.

Nous sommes au près, comme prévu.
Les conditions sont plutôt agréables, si l’on omet que nous naviguons contre le vent. De toute façon, il vaut mieux s’y faire, il reste encore dix jours de ce régime. Sachant que l’on doit se faire manger tout cru par un front froid dans quelques jours, on apprécie ces conditions clémentes.


Du près, déjà. Mais de bonnes conditions, encore. Ça ne va pas tarder à changer, alors nous en profitons – d’autant que nous sommes en tête ! © Dave Kneale/Volvo Ocean Race.

Nous dormons bien ce qui facilite la mise en rythme. J’ai tout de même réussi à casser le tube de ma bannette, probablement le résultat de fêtes de fin d’année un peu trop copieuses !

Côté course, nous sommes en tète avec le reste de la flotte alignée derrière nous, nous avons un bon feeling sur la vitesse que nous devons atteindre avec Puma. C’est le résultat de l’apprentissage de notre bateau, notamment au contact d’Ericsson 4. Nous sommes parvenus à les dominer en vitesse, c’est plutôt agréable. Mais la route est longue et les gars de Torben Grael ne sont pas loin…

Le Comité vient d’annoncer une modification aux Instructions de course : nous avons maintenant une petite île à contourner à 30 milles des cotes Philippines. Cela peut éventuellement permettre d’y juger une arrivée si le coup de vent prévu reste aussi musclé que ce que l’on attend.

Du près, de la neige, du vent… et, au bout, la Chine !

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Singapour, veille de départ pour la quatrième étape…

Dernier jour de repos avant d’appareiller pour la Chine ; on profite des derniers moments en famille. L’étape sort des «classiques» du tour du monde, on se rapproche plutôt d’une étape du British Steel Challenge, ce très britannique tour du monde en équipage couru contre les vents dominants.

Dimanche, nous partons donc pour dix-douze jours de près jusqu’à Qingdao, la ville des derniers JO, avec au moins un passage difficile. Nous attendons 40 nœuds et une mer casse-bateau entre les Philippines et Taiwan.  En effet, le courant de Kurishio (plus fort que le Gulf Stream) est contre le vent.

Heureusement, les quatre premiers jours s’annoncent maniables si l’on oublie le fait que nous naviguerons dans l’un des plus gros «rails de cargos» au monde !


Nos bons résultats lors de l’In-Port de Singapour ont redonné le moral à l’équipage de Puma !
© Rick Tomlinson/Volvo Ocean Race.

Après les fêtes et les quelques jours de vacances, on se remet dans un état de «guerrier» se  préparant à partir en campagne. Comme toujours, arriver reste l’objectif numéro un, ne pas casser le bateau. Il faudra absolument ressortir indemne de ce mauvais passage de front froid…

Comme tous les concurrents, Puma n’a pas été épargné par ces trois mois de course intense, l’équipage a déjà vécu des hauts, des bas et quelques heurts, mais j’ose croire que nous repartons de Singapour dans une meilleure dynamique que celle dans laquelle nous nous trouvions en arrivant ici. De toute façon, la Volvo Ocean Race ne laisse personne indemne, il est certain que de nombreux événements nous attendent. Garder du recul sur ce que l’on fait est probablement la clé. A bientôt sur l’eau…

In-Port de Singapour : on s’est régalé !

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Singapour. Lendemain de régate inshore… On s’est régalé ! Nous finissons deuxièmes seulement sur le cumul des deux manches, mais vainqueurs de la première – notre première victoire ! C’est sympa ! L’essentiel était de terminer sur le podium, on ne perd que peu de points – un demi sur Ericsson 4, qui en compte 39 au général – et on grappille des «pouillièmes» sur les autres : Telefonica Blue est deuxième avec 33,5 points, nous troisièmes avec 31.
 


L’In-Port de SIngapour a été courue en deux manches très serrées. Et nous en avons gagné une – notre première victoire ! © Rick Tomlinson/Volvo Ocean Race

Un premier départ parfait de Ken, puis une vitesse probablement légèrement supérieure aux autres (nos spis en Cuben Fiber sont sensiblement plus rapides que les spis en Nylon), nous ont permis de dominer la manche de belle façon. La seconde s’est révélée plus difficile, suite à un départ moyen et une quille pivotante «récalcitrante» en approche de première bouée au vent… Mais le spectacle semble avoir été garanti avec cette arrivée groupée, quatre bateaux en quelques secondes !

Nous ne sommes toujours pas au top, mais pas très loin tout de même.

Vous avez peut être compris, à mon changement de ton, que j’ai choisi de me faire plaisir et de ne plus me focaliser sur les imperfections de notre équipe – notamment parce que certaines d’entre elles ne peuvent disparaître ! A ce stade de la course, maintenant que les choix techniques sont pour la plupart déterminés, l’entente entre les hommes et le bon fonctionnement de l’équipe doivent faire une vraie différence… L’avenir nous le dira, mais j’en suis convaincu. C’est d’ailleurs cette alchimie entre les hommes qui représente le plus grand défi à mes yeux.

«Back at work now !»

Retour à une semaine de préparation d’étape, du détail au plus général, rien ne doit être oublié : tenues chaudes, gants, masques de plongée… Fcar, fini les grosses chaleurs, nous nous dirigeons maintenant vers… la neige ! Et au près ! C’est tout nouveau, jamais la Volvo (ou même la Whitbread) n’était venue si Nord. Je vous raconterai…

Singapour, veille de régate «inshore»

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Singapour. Demain, nous avons une régate inshore. Un certain nombre de cargos ont été déplacés, mais la zone de parcours reste tout de même très petite. Coincée entre la promenade de bord de mer et cet imposant «parking à bateaux», la petite flotte des Volvo 70 promet un spectacle riche en péripéties !

 
Singapour, escale inédite et dépaysante de la Volvo Ocean Race. © Dave Kneale/VOR

Beaucoup de courant, du vent de terre – Singapour est réputé pour ses grands immeubles !–, des nuages de mousson et des bords inférieurs à deux milles comprenant une porte en milieu de parcours : le décor est planté pour les débats de demain…

La Volvo Ocean Race se réveille après les fêtes de fin d’année, quelques réclamations et quelques histoires internes dans chaque équipe, de quoi se prendre la tête entre les mains et se dire «Qu’est-ce que c’est que ce cirque !», ou alors choisir l’option : «Je prends du recul et je me rends compte à quel point j’ai de la chance d’être ici et de vivre cette incroyable aventure et cette folle course». J’ai choisi l’option numéro deux, et je me régale !

A demain, pour le récit de cette régate dans un stade aquatique hors du commun.