Skip to Content

Monthly Archives: février 2009

Grains : un film d’anticipation

Par

Les nuits sont agitées par ici ! Les winches ne cessent de tourner et la quille d’être actionnée. Les grains produisent des vents de 10 à 30 nœuds en moins de trente secondes. Il faut être sur le coup. Petit à petit, le radar aidant, nous apprécions de mieux en mieux chaque grain et parvenons à anticiper, souvent de quelques secondes seulement. Il faut hisser le génois et rouler le grand génois de tête, reculer les voiles que nous avions sur le pont avant pour dégager le tableau arrière… En bref, l’anticipation est primordiale. Heureusement, la voile est un sport d’expérience, il permet aux vieux comme moi d’avoir une longue carrière !

Ericsson 3 est toujours notre compagnon de route. La nuit dernière, à la faveur d’un grain, les Nordiques sont parvenus à nous chiper la deuxième place. Mais ils doivent serrer les fesses, car nous avons le couteau entre les dents. C’est chouette, le temps passe vite et l’action est excitante, on s’amuse bien !
 


A l’approche des Fidji, quelques options se dessinent. Mais la route est encore longue !
© Volvo Ocean Race

Une naissance au passage de la ligne

Par

Hier, deux faits importants se sont produits : la naissance de Mia Carlotta (la petite et la maman se porte bien) et le passage de l’équateur. Champagne pour Michi et la naissance de sa fille (la bouteille était cachée derrière la dérive), rhum d’Antigua (merci Shannon) et cigares pour l’équateur. C’était une première pour moi et je comprends que l’on apprécie ! Et tout cela avec Ericsson 3 juste dans notre sillage !

C’est clair, les choses vont mieux. Plus d’eau sur le pont, le bateau, les vêtements et les hommes ont séché. Ça fait du bien !

Nous sommes dans des alizés – au près, bien entendu ! Le temps est moins monotone avec E3 à vue ; et nous sommes plus performants, car nous pouvons aisément valider chaque petit réglage.

Nous faisons route vers les Fidji avec les îles Salomon sous notre vent. Même si le parcours peut se discuter, il permet au moins de découvrir davantage la planète, c’est chouette ! Ici, en tout cas, les levers de soleil sont magnifiques !

Le premier objectif de course est la «scoring line» partant d’East Cape, au Nord-Est de la Nouvelle-Zélande, et s’étendant vers l’Est. Le passage rapporte les mêmes points qu’une course inshore. Encore plus d’une semaine avant de franchir cette ligne imaginaire, il nous faut rattrapper Ericsson 4, toujours en tête, et ne pas se faire doubler…. Les «Dragons» sont bien positionnés dans notre Nord-Est et risquent de faire «le tour de la paroisse». A suivre…

Allez, ma banette m’appelle. A bientôt !

Chaleur, chaleurs…

Par

Jour 8. Nous avons perdu un petit paquet de milles et sommes maintenant plus proches de nos poursuivants que des leaders…

Un passage sans vent ne nous a pas aidés, mais ils nous a permis d’enlever nos cirés sur le pont pour la première fois depuis le départ. Les conditions de navigations sont difficiles. Beaucoup d’eau sur le pont et une chaleur de plus en plus lourde. Je termine chaque quart totalement trempé de sueur. D’un quart à l’autre, tee-shirt et collant n’ont pas le temps de sécher, on enfile donc des vêtement mouillés avant de repartir pour quatre heures sur le pont. On lutte contre les boutons causés par le sel et la saleté, mais ce n’est pas facile…

Cette édition de la Volvo est vraiment plus difficile que les autres. Nous ne goûtons pas beaucoup aux joies de la glisse au portant.

Cette nuit, la puissance des paquets d’eau dans notre génois a fini par avoir raison de ses deux couches de Mylar. Il ne restait que les fibres nues à proximité du point d’écoute ! Je n’avais encore jamais vu ça !

La longueur de cette étape est une difficulté de plus à gérer. Le mental de l’équipage demande de travailler le positif pour ne pas se laisser aller à la morosité, facilitée par la fatigue. On attend toujours la naissance du bébé de Michi, ce sera un chouette moment à vivre pour lui et tout l’équipage.

L’équateur se fait désirer, mais nous faisons davantage d’Est que de Sud.

Bon, je suis cuit et je perd le fil de mes propos. Je vous laisse et espère vous retrouver après un bon gain sur nos adversaires !

PS. Tandis que j’écris depuis la table à cartes, le vent vient de passer de 21 nœuds à 8 nœuds en moins d’une minute – je ne vous parle même pas du changement de direction.

PS2. Je tire mon chapeau à tous les gars et filles du Vendée Globe, ils m’impressionnent tous beaucoup. J’imagine l’immense satisfaction que ça doit être de finir cette course. Bravo.

Des alizés, des bobos réparés, un bébé

Par

80 degrés du vent, une vingtaine de nœuds. Ça penche et ça mouille. Encore et encore, pas beaucoup de variété dans ces alizés du Pacifique Nord, mais on ne se plaint pas, Il Mostro avale les milles à bonne allure. Les nuits deviennent belles, étoiles et lune font le décor. A bord, on vient doucement à bout des petits dommages du début de course, Cassey a pratiquement réparé la barre qui m’était restée dans les mains.


Vent, vitesse, gîte, embruns. Encore plus de 10 000 milles jusqu’à Rio.
© Rick Deppe / Puma Ocean Racing (VOR)

Nous attendons l’arrivée du bébé de Michi Muller, son amie doit accoucher dans les jours à venir d’une petite Mia Carlotta. C’est beau, ça me plaît ! Je trouve tout de même que Michi n’aurait pas dû nous accompagner et rester à Kiel près de ses douces, mais il est jeune ! Il comprendra plus tard… Cela dit, c’est un chouette gars, fort comme un menhir, un peu du genre de Francis Joyon ! Une force de la nature, qui ne parle pas beaucoup – sauf au bar. Et quand sa langue se délie, c’est un plaisir de l’écouter. A bord, je me régale à communiquer avec lui sans qu’on se parle, ça devient un jeu !

Tout va bien ici, mais c’est vrai que le temps est un peu long, encore 4 800 milles pour le Nord de la Nouvelle-Zélande – et 10 600 jusqu’à Rio… L’équateur va nous apporter un semblant d’étape, dans notre tête, nous coupons le chemin en plusieurs sections, histoire de sentir le temps passer par étape.

Allez, restons groupés et continuons à pousser !

Qingdao-Rio : un début de folie !

Par

Deux jours après le départ de Qingdao. Houaw ! Quel début d’étape ! Je suis crevé, cuit, trempé comme un rat d’égout ! Deux repas en 48 heures et deux petits déjeuners, c’est tout ce que j’ai pu avaler depuis le départ. Je ne m’en sors pas mal : Cassey, mon coéquipier de quart, est malade et, entre ses vomissements, il n’a pu ni boire, ni manger…

Justin s’est fait emporter par une vague et a atterri sur le dos contre le montant de la barre. Genoux et dos en vrac. Je me suis aussi fait prendre, comme un bleu, par une vague qui m’a attaqué à hauteur d’épaule, je me suis retrouvé sur mes fesses avec un morceau de la barre entre les mains ! Nous avons maintenant échangé la bâbord contre la tribord (heureusement, nous sommes censés rester longtemps sur le même bord), et nous devrions avoir le temps de réparer. Ah oui, j’oubliais, l’axe de drosse de barre s’est désolidarisé du cadran ; du coup, nous avons dû affaler notre voile d’avant et prendre les trois ris.


Froid, venté, houleux, une barre cassée : très rude, le début de l’étape-marathon de la Volvo Race ! © Rick Deppe/Puma Racing Team.

En bref, cela nous a fait deux journées bien chargées à bord de Puma, avec beaucoup de manœuvres, beaucoup de froid et beaucoup d’eau – notre sport n’est pas toujours fun…

Quoi qu’il en soit, il faut garder la gniac, car la route est longue : 12 300 milles jusqu’à Rio, un tiers de la planète – en tout cas de la distance totale de la Volvo Race ! Cape, notre navigateur, a mis en place une petite formule dans son tableau Excel pour transposer la distance restante en nombre de Sydney-Hobart : plus que 18,7 !

Allez, je vais vous laisser pour rejoindre mon duvet. Je vais y rentrer mouillé pour en ressortir humide et me glisser dans un cire trempé. Humm, ça fait envie !

Dans la ouate à Qingdao

Par

Qingdao. Finalement, le brouillard s’est levé… Nous avons pu voir plus loin que le bout de notre nez, et distinguer les bouées ! Donc courir la petite régate inshore déjà deux fois repoussée, sans vent ou presque, sans beaucoup d’éclat. Il Mostro ne s’est pas montré redoutable, il avait peut-être déjà la tête tournée vers la prochaine étape et ses 12 000 milles.


Ericsson 4 s’est une fois de plus montré impérial. Mais notre Il Mostro a tout de même engrangé 3 points précieux ! © David Kneale/Volvo Ocean Race.

Qingdao-Rio, un sacré morceau au programme – un tiers du total de la course ! Passage de l’équateur et section de Grand Sud avant le cap Horn, puis 2000 milles d’une remontée toujours éprouvante vers Rio. Un vraie étape de tour du monde ! En arrivant à Rio, nous aurons quasiment bouclé les deux-tiers du parcours – mais plus de la moitié des points resteront à attribuer.

L’étape est importante pour nous : avec ses deux portes (pointe Nord de la Nouvelle-Zélande et cap Horn), elle offre le double de points de la précédente. Elle peut nous permettre de remonter sur les premiers, mais représente aussi le risque de se faire définitivement distancer…

Comme toute course à la voile, l’objectif sera simple : rejoindre la ligne d’arrivée, naviguer sereinement et simplement… Je dois avouer que je suis assez impatient de me lancer dans ce marathon, pressé d’être dans l’action.

Sans aucun doute, beaucoup de choses vont se passer. Il faudra aussi avoir la réussite…

Veille de régate inshore à Qingdao

Par

Qingdao, Chine. Notre dernière étape s’est donc bien terminée. Nous avons gardé notre avance sur Ericsson 4 et finissons dans les talons de Telefonica Blue. Une fois encore, les trois premiers finissent dans la même heure !

Comme prévu, il fait froid à Qingdao ! E t l’on ne voit pas le soleil très souvent. Aujourd’hui, lors de la manche d’entraînement, nous distinguions à peine notre étrave et encore moins ce petit cargo se présentant perpendiculaire à Il Mostro, quelques mètres devant nous ! La catastrophe n’a été évitée que de très, très peu….

Pour samedi et l’In-Port courue devant Qingdao, les conditions s’annoncent très légères, voire non navigables. Quoi qu’il en soit, à bord de Puma, l’esprit a changé. Il était temps, car le temps passe et l’étape marathon est proche : Qingdao-Rio ! Lors de la dernière étape, l’équipage a pour la première fois montré un fonctionnement sain et efficace. Chacun faisant son travail et était disponible pour aider le voisin. Je dois avouer que, depuis le début de la course, je n’arrivais pas à saisir comment nous en arriverions à ce stade, alors aujourd’hui, je m’en réjouis !

Ce nouvel état d’esprit apporte confiance et sérénité. Il serait bien, pour nous, de remporter la régate organisée samedi. Histoire de confirmer ce sentiment interne et de grapiller quelques points à nos adversaires, voir d’ébranler légèrement leur confiance, notamment celle d’Ericsson 4

On en reparle bientôt !