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Monthly Archives: mars 2009

A la latitude de Montevideo

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Cinq semaines et un jour, nous sommes maintenant à la hauteur de Montevideo, en Uruguay. Je me rappelle ma première Whitbread sur La Poste, il y a bien longtemps maintenant, un autre temps ! Cela dit, les liens créés à cette epoque restent forts avec de nombreux équipiers. Je ne suis pas certain de garder le même genre de liens après cette course… Mais là n’est pas l’essentiel – où est-il d’ailleurs ? Gagner, apprendre, vivre sa passion tout simplement, vivre des instants rares et uniques… La question est ouverte !

La chance nous a souri ces derniers temps, nous avons été les seuls à conserver quelques nœuds de vent de plus que les autres et une direction bien plus favorable. Nous revenons à portée de fusil d’Ericsson 4, la sortie de ce centre anticyclonique sera primordiale… Il reste encore du chemin et l’arrivée à Rio est toujours délicate, les orages brouillent les cartes et les nuits sont difficiles, de grosses pertes peuvent y être enregistrées.


Les positions au 23 mars 2009. © Volvo Ocean Race.

A bord, nous avons de moins en moins à manger et sommes très proches de la fin de la dernière bouteille de gaz. Celui-ci est essentiel, car le lyophilise se réhydrate très mal à l’eau froide. Mais nous ne sommes en manque ni d’eau ni de gasoil, donc tout va bien.

Nous avons retiré les bottes aujourd’hui, ce n’est pas du luxe. Un vrai plaisir de laisser les orteils à l’air après ces cinq semaines !

A part ça, le bilan «vie marine» de cette étape est bien maigre, très peu de dauphins, deux globicéphales au passage des Fidji, un petit geyser de baleine ce matin et pas grand-chose d’autre à se mettre sous la dent ! Etonnant – inquiétant peut-être ?

Voilà les nouvelles d’Il Mostro, les prochaines seront probablement en provenance de Rio. Samba, samba !

Le Horn, enfin !

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Nous venons de passer le cap Horn – petit moment de folie à bord ! Cassey, avec qui je partage le quart, avait fait le pari avec son yacht-club, en Australie, de rapporter une photo de lui nu sur le pont pour le passage du Horn. Pari tenu !

C’est en tout cas une vraie joie d’entamer la remontée vers le Nord et Rio ! La descente vers le cap a été vivable, mais digne de cette zone.


Ericsson 3 premier au Horn, suivi par Ericsson 4, nous, puis Green Dragon, Telefonica Blue étant relégué assez loin à cause de ses problèmes d’étai… La remontée vers Rio s’annonce chaude – à plus d’un titre ! © Volvo Ocean Race.

Pour la deuxième fois dans cette étape, nous avons arraché la barre. Bob Greenwalsh s’est fait emporter à deux reprises par la puissance des vagues assaillant le pont. Pourtant, nous avons maintenant un pare-vagues en carbone…

Les vagues s’engouffrent sous les voiles amarrées à l’aide de sangles et arrivent à soulever les 300 à 400 kilos comme s’ils ne pesaient rien !
Les deux Ericsson sont devant, à une centaine de milles, car nous avons dû lever le pied pour ne pas prendre le risque de briser la deuxième barre. C’est la vie…

Une deuxième course commence à présent. Il Mostro est toujours en bonne forme et l’équipage certes fatigué, mais valide !

A bientôt depuis des eaux plus chaudes.

Une dépression qui nous remonte le moral !

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A 1 000 milles du cap Horn, trente jours de mer. Bella la vita on board Il Mostro !

La météo nous a épargnés jusqu’ici, la lune nous accompagne et nous rend la vie plus facile, le bateau est en forme.Seule la température est un peu rude avec ce vent de Sud nous amenant de l’air polaire, mais on ne va pas se plaindre. Voir des parcelles de ciel bleu dans cette contrée n’est pas si fréquent, c’est un plaisir.


Nous sommes troisièmes à moins de 100 milles d’Ericsson 3, toujours en tête. Mais la belle dep’ qui vient devrait redistribuer les cartes. Intéressant pour nous ! © Volvo Ocean Race.

Nous nous dirigeons maintenant vers le grand tobogan qui glisse vers le Sud-Est – le Horn. Une dépression descend vers nous et doit nous propulser au portant vers le cap mythique. Il est même prevu que nous continuions au portant après le virage à gauche vers le Brésil et Rio – à suivre !

Question course, tout est encore ouvert. La trajectoire de la dépression par rapport à l’alignement des quatre bateaux remet tout le monde au même niveau. La façon de gérer les grandes vitesses sera déterminante dans les prochaines 48 heures.

Même si tout va bien, on attend toujours le Horn avec impatience. Et deux petites bouteilles de rhum attendent patiemment dans la valise de la machine à coudre…

Du portant, enfin, mais aussi des growlers !

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Je n’ai pas été très en verve ces derniers jours. Je dois dire que raconter que nous nous faisons distancer par les deux Ericsson n’est pas très marrant… Les choses vont mieux, l’hémorragie due à un mauvais placement sur le plan d’eau, puis à un manque de vitesse (due à des voiles typées différemment de celles de nos deux concurrents) semble contenue. Nous revivons des sensations que nous n’avions pas connues depuis longtemps dans cette course. Le bateau qui tape en descente de vague, des vitesses moyennes autour des 20 nœuds, bref ce que l’on attend lorsque l’on fait un tour du monde «dans le bon sens» !


A bord de Puma (rouge), nous sommes troisièmes, pas très loin d’Ericsson 4 (blanc), mais bien distancés par Ericsson 3 (orange). Au Sud, Green Dragon (vert) va devoir remonter passer la deuxième des portes des glaces, créées à l’identique de celles du Vendée Globe.
© Volvo Ocean Race.

Cette nuit, l’organisation nous a envoyé un mail rapportant l’absence de glace sur notre parcours… La réponse des «Dragons» fut immédiate : ils venaient de passer entre deux glaçons d’environ dix mètres chacun ! Là, ça commence à ressembler à un vrai tour du monde si l’on voit de la glace.
 

Si le vent a enfin accepté de nous pousser, le froid et les embruns sont toujours là. Et les glaces ont fait leur apparition… © Rick Deppe (Puma Racing Team/VOR).

Nous avançons vite, en route pour la porte des glaces, puis virage à droite vers le cap Horn. J’avoue que le temps me paraît plus long que lors du mois de navigation sur Delta Dore avec Jérémie Beyou, pendant la Barcelona Race. Cela dit, tout baigne – c’est le cas de le dire !

Pas beaucoup d’albatros à signaler, c’est très décevant de ce côté-là.
Hier, nous avons été gratifiés d’un superbe coucher de soleil avec un petit trou de ciel bleu dans ce couvercle gris.

A bientôt.

Au près, encore, toujours, même dans le Grand Sud !

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Salut les Terriens !
Ici, par 41°Sud et 158°Ouest,
ça tape fort et ça penche beaucoup. Difficile, parfois, de trouver le sommeil et la décontraction dans la banette. Mais bon, il fait meilleur dans son duvet que sur le pont !

Tout à l’heure, après avoir laissé la barre à Michi, je regardais mes mains. Elle ressemblaient à celle d’un cadavre (bien que je n’en ai jammais vu ; je veux dire : «à un cadavre comme à la télé») ; j’essayais alors de gratter les peaux mortes, mais mes ongles étaient complètement mous ! Je me suis dit : «C’est vraiment la fin des haricots !»


Tirer des bords, naviguer au près, taper, cogner, pencher, encore et encore. Même à l’entrée des quarantièmes. Décidément, nous sommes maudits ! © Volvo Ocean Race.

Nous voici enfin dans le Sud, avec un grand «S», celui où l’on enchaîne les surfs d’enfer. Enfin, normalement. Car, non, ce n’est pas pour nous, pas pour cette fois : même ici, alors que nous devrions foncer au portant sous des flux d’Ouest soutenus, nous sommes au près – comme d’habitude ! Je crois que nous avons tiré le gros lot en ce qui concerne la météo !

En tout cas, il ne faut pas perdre son sens de l’humour, sinon ça devient une vraie galère !

Tout est difficile, tout ressemble à de la haute voltige : monter ou descendre de sa banette, aller remplir sa gourde à la cuisine (on doit se cramponner et mesurer chaque mouvement pour ne pas se faire projeter contre une cloison ou la coque), aller aux toilettes – inutile de préciser que la pompe vient de casser et que la situation s’est aussi compliquée de ce côté-là. Bref, il faut prendre son mal en patience, accepter gentiment que les gars d’Ericsson 3 nous mettent la «pastille» de leur vie (j’imagine une avance de près de 200 milles dans 36 heures) et nous finirons bien par arriver à ce foutu cap Horn !

Non, tout ne va pas trop mal, quelques gars commencent à en avoir ras les bottes, mais c’est un bon exercice pour travailler son mental.

Comme d’habitude, je vous laisse pour ma bannette. Pourtant, je vous aime bien… mais je la préfère tout de même !

A vue avec les deux Ericsson !

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A 360 milles de la «scoring gate». Il s’agit d’une ligne partant d’East Cape, au Nord de la Nouvelle-Zélande,  et filant vers l’Est, sans limite. L’ordre de passage équivaut à un resultat de course Inshore en terme de points – et nous avons bien besoin de ces petits points…

La situation n’est pas mauvaise. Apres plus de deux semaines de course, nous régatons à vue avec les deux Ericsson – et E4 n’est seulement qu’à quelques longueurs derriere nous ! Autant dire que nous sommes ensembles. Nous sommes maintenant habitués à ce genre de proximité et la tension à bord n’est pas particulièrement forte.
 


Ça chauffe à l’approche de la porte intermédiaire, ou «scoring gate», qui file vers l’Est depuis la Nouvelle-Zélande – et va rapporter des points équivalents à ceux des régates «Inshore» courues lors des escales. Tout compte ! © VOR.

Nous naviguons sous un ciel de nuages avec des rotations de vent très importantes. Beaucoup de travail et de concentration, donc. Cette ambiance de match-race ou de Tour de France n’est pas désagréable, l’horloge tourne plus vite.
Il Mostro est toujours en forme.
Il faut encore tenir et tenir encore…
 

Entre Fidji et Nouvelle-Zélande

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Ouf ! Les îles Fidji sont derrière nous – et notre option se revèle plutôt payante. Voici deux jours, après avoir navigué au près serré pendant près d’une semaine, nous avons décidé d’abattre de 30 degrés et de hisser le génois de tête plutôt que le petit… Objectif : traverser les Fidji par le centre, entre les deux îles principales. Malgré les nombreux calculs et données en notre possession, il restait un bon nombre d’inconnues, notamment les effets de site (accélérations ou dévents des îles). Cape avait vu juste, en tout cas : nous ressortons avec un léger avantage et un réel décalage dans l’Ouest.


Après avoir négocié les îles Fidji, pile sur notre route, nous devons maintenant tenter de franchir les premiers la «scoring gate», ligne imaginaire qui part du Nord de la Nouvelle-Zélande et file vers l’Amérique du Sud… © Volvo Ocean Race.

C’est tout de même incroyable de naviguer en ligne droite depuis près de dix jours en plein océan et de devoir tirer des bords pour contourner une île qui se dresse sur le passage !

Quoi qu’il en soit, les Fidji ressemblent au Paradis, il faudra revenir en famille.

Cette première partie d’étape se concluera lorsque nous aurons franchi la «scoring gate» au Nord-Est de la Nouvelle-Zélande. Pour l’instant, nous menons cette course, mais la position Est est davantage ventée… Il nous faudrait ce petit demi-point de bonus sur Ericsson 4 – espérons que nous parviendrons à defendre cette position.

A bord, nous profitons de ces derniers jours de navigation en short ; une dépression semble se préparer à nous cueillir à notre arrivée en Nouvelle-Zélande. Les levers de soleil sont un régal, le plus beau moment de la journée.

Nous terminons notre deuxième semaine de course ; Il Mostro est en forme, Cassey, le «Boat Captain», s’emploie à réparer ou remplacer les petits accrocs par ci-par là. Les corps commencent a s’amincir nettement en dépit d’une nouriture correcte. Il faut s’entretenir aussi, prendre des vitamines et autres huiles de poisson et se tenir à un niveau d’hygiène «acceptable» – c’est-à-dire bien en dessous de ce que vous pouvez imaginer, vous, terriens !

Voilà, il faut tenir, tenir et encore tenir.