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Monthly Archives: novembre 2009

Des histoires, des déboires – et une belle complicité

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4 heures du matin – un de plus, le 20e, je crois, depuis Le Havre.
Sous pilote, Artemis avance cap vers la lune. Les corps et les têtes sont fatigués. Brûlures, courbatures, ce fut dur ! Mais la mission est accomplie. Mener à bien cette aventure, joindre Le Havre à Puerto Limon, est en passe de se réaliser, premier objectif atteint. Côté performance, ça n’aura pas été ça, mais notre sport est complexe, les machines demandent de grosses mises au point et une course est une course ! C’est le sport !

Dans nos bagages : beaucoup d’histoires, quelques déboires et trois mois d’une belle complicité partie de rien et qui restera comme une très belle parenthèse dans mon parcours de marin. Merci Sam, pour tes sourires, tes : «Toujours prête !», tes : «Allons-y !», tes : «C’est pas grave !», ton : «Si j’avais le droit, je crois que je pleurerais» de cette dernière nuit… Repose-toi bien pour repartir toujours plus fraîche sur ton terrain de jeu, de vie : les océans.

Bravo à Marc et Charles !

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Félicitations à Marc, Charles et Safran ! Magnifique course menée tambour battant, alliant risque, trajectoire et vitesse. Bravo, super-boulot !

Victoire d’autant plus éclatante qu’elle est mise en lumière par la pression continue exercée par Groupe Bel, Kito et François se sont tenus prêts à profiter de la moindre faiblesse. Bravo à eux aussi pour avoir rendu cette course aussi palpitante… Mike et Javier, sur Mike Golding Yacht Racing, auront sûrement la médaille du mérite avec cette poursuite sans pilote, une paire qui promet pour la prochaine Barcelona Race !

De notre côté, les milles ne s’écoulent pas comme un long fleuve tranquille. A la tombée de la nuit, tout allait bien jusqu’à ce que notre grand spi se décroche du mât pour terminer en pitoyable chalut derrière le bateau… A force de ragage, le lashing qui tenait sa têtière en tête de mât s’est rompu.

Cette galère supplémentaire met encore notre manque de préparation et de milles sur Artemis en évidence. Ce bateau n’avait finalement que peu de milles au compteur, n’ayant aligné qu’une partie du Vendée Globe dans sa jeune vie.

Notre frustration est réelle car nous espérions mieux faire, mais le résultat est réel aussi – et sans concession. Ce sentiment me donne envie de revenir avec le même bateau pour tirer profit de cette expérience avec le temps et les milles nécessaires.

Pourtant, on essaye de s’accrocher à chaque lueur d’espoir pour grappiller une place. L’absence de vent sur la zone d’arrivée nous prolonge encore le piquant du «peut-être pouvons nous revenir».

Bravo encore au trio de tête et à tous ceux qui rallient le Costa Rica après une course qui restera comme l’une des plus dures Transat Jacques Vabre.

Les poissons attaquent !

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4 heures du matin… Paf ! Tiens prends ça dans la face !

Enorme éclat de rire à la table à cartes. Sam a tout de suite compris. Je viens de servir de piste d’atterrissage non contrôlé à un poisson qui ferait bien d’être contrôlé, lui ! A 20 nœuds, en plus de surprendre, ça vous laisse la mâchoire légèrement endolorie. Et puis, les écailles dans la barbe prolongent le choc par une odeur de fennec.

C’était la petite anecdote de la nuit.

Aujourd’hui, pour fêter notre entrée dans la mer des Caraïbes, et puis aussi pour briser ce petit train-train alizéen, nous avons fait sauter le bouchon. Champagne à gogo ! Même tiède, ses bulles font leur effet. La musique aussi adoucit les mœurs, c’est vrai. Je broyais un peu du noir ces derniers temps. Voir encore ceux de devant (c’est-à-dire tous) avec plus de vent à nouveau, ça fout un peu les cacahuètes en ébullition – ça existe, ça ? Sam m’a gentiment prêté sa «machine à musique» et tout est devenu plus cool sur ma planète. L’esprit occupé, mon corps a swingué plutôt que de gamberger comme un benêt.

Voilà, tout va bien à bor d’Artemis.

Sauf que «Miss Sunshine» craint moins le soleil que moi, alors là, rien ne va plus, ou alors elle a définitivement viré française et largué ces gènes britanniques !

Une nouvelle nuit approche déjà, attention aux attaques… de poissons.

Nuit pas câline sur Artemis

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Elle est pour qui, la zone sans vent ? Elle est pour qui ?

Ben oui, elle est pour nous… Hier, en fin de journée, nous avons passé sept heures avec les voiles battantes, ballottées par les vagues. Parfois, tu te dis que tu ferais mieux de faire du golf. Ce n’est pas grave et c’est comme ça !

Pendant ce temps, la petite «miss Sunshine» aligne les tenues colorées de chez Roxy. Je rigole de la voir habiller en fille au milieu de l’Atlantique, mais c’est plus agréable à regarder qu’un tee-shirt blanc sale.

Et puis, cette nuit, nous avons pu remettre le spi. Il nous permet de tirer nos deux tonnes de plus que les autres à la même vitesse, mais ses 485 mètres carrés sont tout de même un peu stressants, surtout dans ce temps à grains où l’on peut avoir un renforcement du vent de près de 10 nœuds en moins d’une minute.

Voilà, tout va bien chez nous, mais vivement que l’on sorte de cette zone !

Maudits nuages mangeurs de vent !

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Il y en a ras le boubou de ces nuits à nuages, nuages mangeurs de vent !

Tout à l’heure, j’essayais de me rappeler de notre dernière nuit stable : je crois qu’il s’agit de celle où le pilote nous a lâchés au matin, il y a cinq jours de cela. Ras le boubou, aussi, de voir les leaders avancer à fond les ballons vers le but, alors que nous sommes impuissants dans ces zones de calme. Nous avons essaye de les contourner, sans succès.

Heureusement que je navigue avec «Miss Sunshine», sinon, j’aurais une paire de pamplemousses accrochès à la gorge qui me ferait tordre le cou.

Enfin, j’arrête de raler, il y a pire comme situation dans la vie…

Une claque dans le sang

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Yes, yes… Pas tout à fait satisfaits de notre position par rapport à la flotte après cet empannage nocturne, nous sommes restés dans la peau des suiveurs, tandis que nous avions probablement la possibilité de couper le virage et d’essayer de battre les autres sur la course vers le Sud et plus de vent. On verra, Sam est à la barre, nous ne mettons plus le pilote et barrons non stop.

Les nuits sont belles, même si la lune est en berne. Tout à l’heure, en relayant Sam, l’air de Jacques Higelin m’est venu en tête dans cette nuit noire : «Péripherique Ouest, avec la rage en d’dans, cette claque dans le sang…». Même si mon périph’ serait plutot le Nord, c’etait ça le moment : «Cette claque dans le sang». Ces mots décrivent ce que l’on peut parfois ressentir en mer. Un zeste d’adrénaline et la présence de presque rien, l’eau, le vent, le ciel. Le sentiment que le vide et le plein se mélangent. Vide de tout superflu et plein de concentration, tenter de se fondre.

Une claque dans le sang, voilà ma nuit.

Derniers, mais toujours en course

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C’est reparti pour un tour, ça saute dans tous les sens, mais cette fois, nous faisons les milles vers le but. Entre 17 et 20 nœuds de vitesse, Sam est sur le pont et veille au grain (oui, c’est de là que vient l’expression). Ce matin, lors d’une prise de ris, ma copine British avait perdu sa voix. Il y a un peu de fatigue à bord d’Artemis, les travaux de remise en route du bateau de la nuit d’hier nous ont laissé des traces.

Nous faisons la voiture balai et n’en sommes pas fiers, mais c’est un fait : dès le troisième jours, nous avions évolué notre perte sur ceux du Nord à 300 milles minimum. Mais notre choix, de marins, nous l’assumons. Aujourd’hui, l’addition est lourde ; les 20 heures passées sans grand-voile ne nous ont pas aidé non plus par rapport à nos adversaires proches. Une satisfaction tout de même en ce dimanche matin gris, nous sommes toujours en course et ça, c’est essentiel. Alors ici, on ne se tire pas une balle tout de suite, nous continuons de nous bagarrer en ménageant le bateau et les voiles, espérant que des jours meilleurs nous offrent l’opportunité de recoler au paquet.

Voilà, on est dernier, mais il en faut bien un. Et la route est encore longue !

Plus de 55 nœuds de baston

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Salut tout le monde, c’est Sam !

C’est très désagréable, Artemis est en plein milieu des basses pressions. La vitesse du vent est actuellement de 48,7 nœuds et c’est monté jusqu’à 55 nœuds. Il nous reste encore une ou deux heures à passer dans ces conditions et après nous devrions nous échapper.

3 ris dans la grand voile + trinquette, c’est encore un peu trop de voile, mais c’est le minimum à notre disposition !

La trinquette est actuellement en train partir en lambeaux. Elle est fatiguée et elle est de moins en moins maintenue.

S’il vous plaît, s’il vous plaît, laissez-la tranquille, nous n’avons vraiment pas besoin d’une réparation en plus ! Nous avons centré la quille pour diminuer les efforts sur le bateau. Sidney et moi sommes équipés et prêts à bondir sur le pont s’il le faut mais nous espérons que nous n’aurons pas à le faire.

Il est impossible de rester sur les couchettes, les vagues sont tellement grosses, nous bondissons à chaque fois ! En réalité, je suis plutôt fière de moi de réussir quand même à écrire ce petit mot.

Un petit somme à même le sol (c’est le seul endroit où on ne peut tomber plus bas) a été le seul moment de repos que j’ai pris cette nuit. Même si tu sens régulièrement que tu es suspendue en l’air.
Notre drapeau de la Transat Jacques Vabre essaye aussi de s’échapper et le bruit du claquement sur le bastaque donne l’impression que le drapeau est heureux et tape dans ses mains. Pas sûre de savoir pourquoi il est content !

Vivement l’aube… bien que je ne sois pas sûre de vouloir voir la taille des vagues !
Sam et Sid (qui devrait venir se reposer après moi !)

Comme des balles !

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Salut à tous !

Pas eu le temps de vous écrire depuis le départ.
En tout cas… «Yeeee-haaaaa !» On s’est littéralement fait catapulter hors de la Manche ! Artemis volait et filait sous gennaker, dans 30 nœuds de vent et des grosses vagues. Nous avons donc déjà pris des bonnes charges d’adrénaline. Puis, les choses se sont calmées progressivement et c’est plus tranquille maintenant.

Nous avons pris un petit peu de repos car nous avons beaucoup manœuvré et nous sommes donc déjà tous les deux très fatigués. Pendant que j’écris, l’eau chauffe pour le fameux porridge.

Hier soir, nous avons eu une belle nuit étoilée, mais froide tout de même ! Maintenant le vent est tombé, et Artemis sèche un peu. Mais bon, tout va bien à bord !
Sam et Sid